{"id":545,"date":"2023-08-16T21:34:09","date_gmt":"2023-08-16T20:34:09","guid":{"rendered":"https:\/\/pascallombardet.com\/?p=545"},"modified":"2025-02-24T20:40:23","modified_gmt":"2025-02-24T19:40:23","slug":"mont-tendre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pascallombardet.com\/index.php\/2023\/08\/16\/mont-tendre\/","title":{"rendered":"Mont Tendre"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous nous sommes r\u00e9veill\u00e9s t\u00f4t ce matin. Marcel et Werner \u00e9taient pr\u00eats lorsque j&#8217;ai descendu l&#8217;escalier de bois pour les retrouver. Aucuns mots inutiles : il est trois heures du matin. Werner a rempli un thermos avec du caf\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 la cafeti\u00e8re italienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je les suis en retrait. Ce ne sont pas mes jambes ensommeill\u00e9es qui me retardent: j&#8217;ai envie de solitude, de me fondre dans le noir de la nuit. Quelques minutes plus tard, nous sommes install\u00e9s dans la Peugeot. De la plage arri\u00e8re, j&#8217;\u00e9coute distraitement leur conversation, souriant avec un peu d&#8217;ironie \u00e0 la conduite prudente de Werner. Il conna\u00eet le chemin. Je me tais. Ils parlent de chemins, de routes barr\u00e9es, de la pluie qui menace. \u00a8^<\/p>\n\n\n\n<p>Werner gare sa voiture \u00e0 la limite d&#8217;un sentier forestier. Nous allumons nos lampes frontales. Je comprends vaguement la direction \u00e0 suivre. A plat, je m&#8217;aventure sur le chemin herbeux avec une belle allure. Le froid de cette nuit estivale m&#8217;y encourage. J&#8217;entends leurs voix s&#8217;amenuiser \u00e0 force que nous progressons. J&#8217;aime cette solitude. La nuit, l&#8217;odeur s\u00e8che des herbes jurassiennes. Le froid de la nuit, les effluves \u00e2cres des pr\u00e9s dans lesquels les vaches paissent, encore invisibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Lesceline traverse mon souvenir. Ensemble nous avions parcourus ces m\u00eames flans et de plus abrupts encore. Les voix douces et assur\u00e9es de mes compagnons m&#8217;interpellent. Malgr\u00e9 nos lampes frontales nous avons manqu\u00e9 la marque du sentier p\u00e9destre. Je me tais. Je doute que j&#8217;aie march\u00e9 trop vite. Pourtant ils semblent un instant sinon perdus, du moins d\u00e9boussol\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Marcel est un Combier. M\u00eame s&#8217;il vient de la plaine, il habite \u00e0 la Vall\u00e9e de Joux depuis plus de vingt ans. Il nous dit que nous pouvons monter ainsi, \u00e0 la perpendiculaire du chemin forestier, et que nous arriverons au sommet en <em>un rien de temps.<\/em> Werner sourit. Je ne dis rien. J&#8217;ai soif d&#8217;aventure, de surprise.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Marcel s&#8217;\u00e9lance. Enjambe le muret, se dirige sans h\u00e9siter \u00e0 travers les formes sombres qui marque le d\u00e9but du raidillon. Il dicte le rythme. Sa douceur habituelle r\u00e9sorb\u00e9e, il ne se retourne pas pour savoir si nous le suivons. Il gravit les amas de pierres, les bosquets de ronces, les amas de bois morts et les arbres \u00e9pars avec assurance. Son dos droit. Ses \u00e9paules confiantes. D&#8217;o\u00f9 viennent les peurs qui glacent ses yeux bleus?<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques minutes d\u00e9j\u00e0, je ne peux suivre sa cadence. Je souris. Je le regarde \u00e0 distance. Ma lampe frontale aplatit les horizons: celui qui me s\u00e9parent de mes compagnons, la hauteur des arbres, le d\u00e9nivel\u00e9 de la pente. J&#8217;aper\u00e7ois toujours la silhouette ancr\u00e9e de Marcel. Un phare.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 l&#8217;heure et le noir de la nuit, nous parvenons au mur de pierre qui parcourt cette partie-l\u00e0 des cr\u00eates du Jura peu avant 5 heures du matin. J&#8217;ai rejoint Werner \u00e0 quelques foul\u00e9es du mur, ou peut-\u00eatre, sensible chef d&#8217;exp\u00e9dition, m&#8217;aura-t-il attendu. Marcel se tient de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9. Et juste au-dessus, \u00e0 moins de cent m\u00e8tres, le triangle de m\u00e9tal qui indique le sommet du Mont-Tendre. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous avan\u00e7ons lentement. Comme pour ne pas \u00e9veiller Aurore. Marcel, Werner et moi regardons en direction du levant. Le vent souffle. Le L\u00e9man impose sa forme noire. Face \u00e0 nous, de Vevey \u00e0 Morges, des lumi\u00e8res factices tracent les rives et les autoroutes. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous abritons du vent ; mangeons une pomme et des fruits secs ; guettons l&#8217;\u00e9veil de la d\u00e9esse aux doigts de rose.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&#8217;est, le ciel bient\u00f4t s&#8217;empourpre. Je saisis avec mon t\u00e9l\u00e9phone ces instants, cet \u00e9veil du 15 ao\u00fbt 2023. Werner dicte au sien les \u00e9tapes de ce double lever de soleil. Marcel reste assis. Il sait. Il est calme. Je l&#8217;admire. Le vent nous fouette et nous pousse \u00e0 nous r\u00e9fugier sous la soupente d&#8217;une bergerie. Le moment est saisissant: la clart\u00e9 qui \u00e9claire l&#8217;est et la noirceur qui enveloppe l&#8217;ouest du L\u00e9man. <\/p>\n\n\n\n<p>Lesceline est \u00e0 New York. Pourtant, en posant mon regard sur Gen\u00e8ve enfonc\u00e9 dans l&#8217;anthracite d&#8217;un orage imminent, c&#8217;est \u00e0 elle que je pense. Je d\u00e9tourne mon regard. Je reviens vers mes amis qui discutent. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Werner nous raconte sa br\u00e8ve rencontre avec deux femmes venues camper, au creux de la montagne, dans une tente vert olive, qu&#8217;il a aper\u00e7ue lorsque il \u00e9tait au sommet du Mont-Tendre. Il est s\u00e9duisant. Il le sait. Il joue de cette superficialit\u00e9. Je l&#8217;envie.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Nous improvisions un petit d\u00e9jeuner, \u00e0 l&#8217;abri du vent et de la pluie sous l&#8217;auvent d&#8217;une bergerie. Nous repensons encore \u00e0 la magie de l&#8217;aube et du soleil naissant. A nos voix couvertes par le vent lorsque l&#8217;un apr\u00e8s l&#8217;autre nous avons d\u00e9clam\u00e9 \u00e0 l&#8217;astre les engagements que nous prenions envers nous-m\u00eame. <\/p>\n\n\n\n<p>Je laisse les \u00e9motions perler \u00e0 la lisi\u00e8re de mes paupi\u00e8res. Je sens en moi na\u00eetre une nouvelle force. Le courage d&#8217;\u00eatre heureux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous nous sommes r\u00e9veill\u00e9s t\u00f4t ce matin. Marcel et Werner \u00e9taient pr\u00eats lorsque j&#8217;ai descendu l&#8217;escalier de bois pour les retrouver. Aucuns mots inutiles : il est trois heures du matin. 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